Animal médiateur: sélectionné, formé, apprivoisé, dressé, éduqué?

Lors de nos séances, nous vous expliquons souvent pourquoi nous avons choisi tel animal plutôt qu’un autre. Nous vous reprenons aussi lorsque vous parlez de dressage. Pourquoi?

 

Sélectionner un animal:

10389338_956413731069730_5591715587256063895_n    - Nous ne sélectionnons pas notre animal à la naissance. D’ailleurs, nous ne sélectionnons pas du tout. Il s’agit d’une rencontre, un coup de coeur, un moment anecdotique pour certains, un sauvetage pour d’autres… Par exemple, Filoux, le westi, a été abandonné et oublié au fin fond d’un chenil. Stark, le lapin albinos, a été abandonné à notre porte.

De notre point de vue, il est impossible de déterminer à la naissance ce que deviendra un animal. Au même titre que les hommes, ils sont sujets à l’inné, mais aussi à l’acquis. Les expériences de leur vie amèneront une évolution dans leur manière d’interagir avec leur environnement physique et social.

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Nous choisissons également nos animaux au feeling, selon ce que l’animal nous fait ressentir mais aussi selon ce que nous lui faisons ressentir. Nous pouvons trouver un animal magnifique et pourtant, ne pas sentir une relation émotionnelle forte. Nous ne forcerons donc pas le destin. C’est pour cela également que nous avons chacune nos équipes animalières avec lesquelles nous vivons au quotidien.

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Nous ne choisissons pas non plus nos animaux sous un effet de mode, ou pour une autre raison qu’une envie de partager notre vie avec eux. Si Carine a choisi par exemple de travailler avec des perroquets, c’est une décision murement réfléchie. Cet animal va vivre plus longtemps qu’elle, il coute cher à l’achat et à l’entretien et ne supporte qu’un nombre extrêmement restreint de propriétaire (voir unique). Il ne s’agit pas de répondre à une demande particulière du public touché ou des directions qui nous sollicite. Si Claire n’a pas de chien, c’est aussi parce qu’elle sait qu’elle ne peut pas l’assumer au quotidien. Pourquoi rendre un animal malheureux en toute connaissance de cause?

Et pour finir, si nous sentons que notre train de vie ne convient pas à un animal, nous ne le forçons pas. S’il n’aime pas les voyages en boite de transport, s’il ne supporte pas la voiture, s’il a peur des autres animaux ou encore s’il ne supporte pas d’être manipuler par des gens qu’il ne connait pas, nous nous assurons de lui trouver un environnement plus adapté à ses besoins.

 

Former un animal:

- Réfléchissons ensemble… une formation est un processus entrainant l’apparition de quelque chose qui n’existait pas avant. C’est aussi l’action de donner à quelqu’un les connaissances nécessaires à l’exercice d’une activité, mais aussi un ensemble de connaissance.

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Personnellement, nous n’avons jamais emmené nos lapins à l’école pour lapin médiateur. Ni nos chiens… ni nos chats… Les animaux ne vont pas à l’école. Nous, thérapeutes, sommes formées, avons été à l’école, avons écouté un professeur nous inculquer les bases de son savoir et de ses expériences et avons reçu un diplôme. Comment un animal pourrait en faire autant?

 

Apprivoiser , dresser ou éduquer un animal:

- L’apprivoisement est le procédé par lequel l’homme habitue un animal sauvage à son contact. Nous ne travaillons pas avec des animaux sauvages. Pour les animaux les plus insolites (hérissons, perroquets…), nous faisons appel à des éleveurs spécialisés qui répondent à notre demande de manière spécifique. Nous les accueillons chez nous au plus tôt et dès leur plus jeune âge, nous les accompagnons dans leur développement autant physique que psychologique. Nous les mettons en situation de travail lorsque nous estimons qu’ils sont prêts. Par exemple, Carine a passé du temps à habituer Danko à ne pas avoir peur des cris ou des bousculades. Il était ainsi très à l’aise avec une horde d’enfants de 3 ans ou des personnes en situation de crise psychiatrique. Ils sont donc habitués dès tout petit au contact humain. Nous ne pouvons donc pas parler d’apprivoisement.

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- Dresser signifie rendre docile un animal, l’habituer à des comportements que nous exigeons de lui. Pour notre part, nous refusons de dresser nos animaux. Nous laissons place à leur spontanéité et leur proposons des situations qu’ils peuvent explorer à leur guise ou pas. C’est ainsi que Carine a acheté un skate board adapté qu’elle a proposé à ses perroquets. Ils se sont vite approprié ce nouveau jouet qu’ils investissent à leur manière. Ils peuvent l’utiliser pour autre chose, ou faire un son en roulant, ou juste se poser dessus. Nous ne les forcerons pas à agir selon notre bon vouloir et au contraire, utiliserons leurs propositions pour y répondre avec humour avec nos bénéficiaires. Par exemple, Filoux qui refuse de jouer entrainera une grève des résidents d’une maison de retraite. Mew qui aura décider que les pièces géométriques ne serviront pas à reproduire le modèle entrainera un jeu de mozaïques spontané et créatif. Les résidences chez qui nous intervenons ont déjà pu constaté de la diversité de notre travail, car aucune de nos séances ne se ressemblent grâce à nos animaux.

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Voilà notre point de vue. Les mots que nous employons ont du sens et résonne dans notre manière d’agir au quotidien.  Au delà des formations, ce sont des années d’expériences au contact de nos animaux qui nous permettent au mieux d’adapter notre travail aux objectifs de séance.

La créativité en zoothérapie  

La zoothérapie se pratique auprès d’une population variée en compagnie d’animaux. Certes, leur présence est essentiel (sinon ça ne s’appellerait pas ZOOthérapie bien sûr !), mais c’est surtout ce qu’ils permettent de travailler qui est important. Et c’est là que les compétences du thérapeute qu’il soit aide soignant, psychologue ou psychomotricien entrent en jeu.

Ainsi, le thérapeute doit se montrer créatif afin d’accompagner les personnes vers un mieux être. Mais qu’entend-on par créativité ?

La créativité  correspond à la capacité d’une personne à imaginer ou construire et mettre en oeuvre un concept neuf, un objet nouveau ou à  découvrir une solution originale à un problème. (Michel OUEDRAOGO, La contribution de la créativité au développement durable, CONGRES INTERNATIONAL DE HANGHZOU, mai 2013). Cette définition, transposable à notre sujet, aborde trois points fondamentaux dans notre travail de soin.

·         Imaginer et mettre en oeuvre un concept neuf :

sqfdrzerIl s’agit d’utiliser des concepts existants, de se les approprier, les remanier pour en créer de nouveaux. Les compétences permettant de faire appel à notre créativité sont l’imagination, la spontanéité et la sensibilité. Ces qualités existent chez chacun de nous. Nous n’avons cependant pas les même facultés à les laisser s’exprimer.

La créativité fait appel à nos expériences personnelles. On ne peut pas créer quelques chose d’étranger à notre univers. Tout n’est que transformation.

            Pour Winnicott D., « la créativité, c’est donc le « faire » qui dérive de « l’être ». elle manifeste la vie du sujet.». Il s’agit donc de laisser une trace de soi-même dans son environnement quelque chose de potentiellement visible par d’autres. Selon Winnicott D., La créativité ce n’est pas se soumettre c’est comprendre que l’on possède un pouvoir sur toute chose.

·         Trouver des solutions

Dans le domaine du soin, la créativité c’est la capacité d’apporter ou de faire trouver des solutions originales aux problèmes d’adaptation auxquels chaque être humain est confronté.

10414390_246054878918164_2801039543304225453_nS’appuyer sur les capacités créatives des personnes est le meilleur moyen de trouver la solution la plus efficace et la plus adaptée à leurs besoins. Nous savons toujours mieux que quiconque ce dont nous avons besoin si nous osons nous écouter.

Socrate utilisait la maïeutique. Il s’agit d’une technique confrontant la personne demandeuse de trouver par elle-même sa réponse qui lui convienne. Aujourd’hui, nous utilisons l’empathie, concept développé par Carl Rogers, repris par Naomie Feil dans la Validation. En faisant confiance à la personne, nous lui permettons d’être maitresse d’elle-même et nous lui permettons d’être à l’écoute d’elle-même. Elle peut ainsi lâcher prise et se laisser aller à l’imaginaire.

Vouloir imposer ses idées aux autres pour leur bien risque de les braquer et souvent d’entrainer des troubles du comportement. Plus une personne sera brimer sur sa créativité, moins elle semblera s’épanouir.

·         Solliciter la créativité

20140218_114758La créativité est attribuée à des processus cognitifs à l’environnement social et à la personnalité. Elle fait appel à la mémoire, aux émotions et aux capacités d’expression. Selon Didier Anzieu, psychanalyste, la dernière phase de travail créateur concerne la capacité de l’auteur à accepter le regard de l’autre. Créer, c’est donc intervenir sur son environnement, prendre des risques et oser laisser une trace de soi-même au regard des autres.

       Ainsi, travailler avec la créativité des personnes accompagnées permet de diminuer le stress, les troubles du comportement et l’inhibition émotionnelle et d’améliorer l’estime de soi.

Quelques exemples de censure rencontrées en institution :

-       S’assurer que la personne (âgée ou enfant) ne dépasse pas quand elle fait un mandala.20140410_143909

-       Réinstaller les décorations du sapin de noël car ce n’est pas esthétique ou harmonieux.

-       Imposer le choix d’une couleur car « la tige d’une fleur, c’est vert ! ».

·         Stimuler sa créativité en temps que soignant :

Etre créatif, c’est être au clair avec soi-même, c’est s’accepter comme on est et oser s’affirmer aux autres. C’est ne pas avoir peur de la difficulté et ne pas se laisser aller au confort d’imiter simplement les autres.  Créer, c’est s’approprier son environnement et oser agir dessus par soi-même, ce qui nous valorise, travaille à l’évolution de notre personnalité et améliore notre estime de nous-même.

En conclusion, être créatif, c’est être disponible pour observer son environnement, interagir avec lui et oser laisser une trace de soi-même sans avoir peur du regard des autres.

Nos valeurs

- apporter un cadre sécurisant et épanouissant :

         Le cadre thérapeutique désigne l’ensemble des conditions physiques et psychiques adaptés aux besoins spécifiques de la personne accueillie et permettant un processus soignant. Il est représenté par des repères :

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L’environnement : l’espace où est pratiqué la médiation et où est accueillie la personne doit être constant et défini comme tel.

Le thérapeute : il est garant du cadre et du bon déroulement de la séance.

Les médiateurs : autant l’animal que les jeux proposés doivent être adaptés, attrayants et variés afin de permettre à la personne de les investir et de s’exprimer à travers eux.

Les objectifs thérapeutiques : ils doivent être adaptés et évoluer selon la manière dont la personne se présente.

 

CARINE & DANKO 038- la confiance :

         La relation de confiance est indispensable à l’efficience de la thérapie.Il est important de créer un contexte affectif et relationnel de bonne qualité. Il est important de respecter la position de la personne : il faut savoir prendre le temps d’un travail d’approche qui peut parfois être long.

 

- La bonne humeur et le plaisir :

        En zoothérapie comme en psychomotricité, on fait, on ressent, on vit des expériences concrètes, corporelles, perceptives, sensorielles, ludiques, tactiles, kinesthésiques. Et on joue ! Le plaisir s’inscrit dans toutes nos perspectives, quel que soit le champ d’intervention : thérapeutique, éducatif, ou rééducatif.  Par des expériences ludiques, c’est tout le corps qui s’exprime et qui déploie tout son potentiel au service d’une construction et de l’investissement de son identité personnelle.